LETTRE A MA FIBROMYALGIE (version écrite et sur ma chaîne you tube)
Version you tube : Lettre à ma fibromyalgie - YouTube
Le 12 mai 2004 au soir
Salut,
Tu dois être fière de toi : en plus de pourrir la vie des malades, tu as une date dans le calendrier. Le 12 mai, c'est la journée mondiale de la fibromyalgie.
Fibromyalgie, c'est quoi ce nom, d'abord ?! Avec les trous de mémoire énormes que toi et les opiacés provoquez, c'est une chance que je m'en souvienne !
Pire qu'un chewing gum qui resterait collé sous mon soulier au point de ne plus pouvoir m'en débarrasser, tu es plutôt comme un serpent, s'enroulant autour de ta proie jusqu'à l'étouffer. Plus les années passent, plus tu ressers ton étreinte. Tu te crois forte. C'est tout le contraire. Tu agis tellement traitreusement. Tu as besoin de t'appuyer sur le stress, le froid, la grande chaleur, l'humidité, le vent pour tenter de me faire tomber. Tu as même trouvé une alliée, une autre cochonnerie nommée endométriose, pour m'affaiblir davantage. Mais je te plains, tu sais. Tu n'arriveras à rien avec moi. Je suis Vosgienne et Jurassienne par le sang, Irlandaise par le cœur. La Vie, la Nature, les grandes forêts, les falaises de Moher, la Guinness coulent dans mes veines.
Je fais de mon mieux pour vivre avec toi (bien obligé, on est colocataires du même corps, et pour toute la vie en plus puisqu'à ce jour, personne ne sait comment tu apparais et comment on peut te faire disparaître) mais malgré les kilos de douleurs à porter, les maux de tête à supporter, la fatigue allant parfois jusqu'à l'épuisement, je réussis à me passer de toi. Après douze ans de vie commune, il fallait bien que je sache quoi faire de nous. Toi, mon esprit t'a relégué à un simple objet, un vieux truc sans importance qui pourrait traîner sur une table basse. Il va de soi que je t'imagine posé tout au bord du meuble, et puisque tu me rends maladroite et pleine de vertiges, il va de soi qu'un accident pourrait bien vite arriver. Moi, la malade, je te mettrais KO, en mille morceaux. Et moi, cabossée mais volontaire, je continue à avancer. Comprends-moi, tu ne m'arrêteras pas. J'ai mes armes secrètes. Je sais que tu détestes la dopamine, le bonheur, le rire. Alors, de la paillette, j'en mets plein ma tête. De la couleur, il y a partout dans mon dressing et sur mes murs. Je devine aussi que tu essayes de me couper du monde, de briser tout lien social. Ca aurait pu marcher totalement. Effectivement, un grand nombre fuit en entendant le mot handicap, maladie. . Mais que cela t'effraie : je ne suis pourtant pas seule ! J'ai des soutiens ! Ils ne sont pas nombreux. Mais ils sont là, BIEN LA. Ils me rendent inébranlables face à toi. De vrais piliers dignes des plus grands temples romains, solides comme des rudgymen. Ils me poussent à avancer et à me battre comme une lionne. Laisse tomber, tu ne les feras pas partir.
Allez, lâche ton emprise, mets toi en sommeil. Tu n'auras pas ma peau, foi de moi.
Sophie COCARD