TETE DE LINOTTE S'INTERROGE ...
Fin juin, je recevais une enveloppe de la part de la Chambre de Commerce et d'Industrie (CCI) des Vosges. En ouvrant, j'ai découvert une plaquette de quatre pages format A5 : papier glacé, tout en couleur. Beaucoup de rose sur fond blanc, logos de la CCI Vosges et du grand Est Open 88.
Comme chaque année, les femmes chefs d'entreprise sont invitées à cette journée. Je n'y vais pas. Qu'y ferais-je ? Ce doit être ce qu'on appelle de la socialisation professionnelle. Oui ??? ... Pour moi, cette journée n'a qu'un seul but : gaspiller de l'argent qui pourrait être placé ailleurs. Je vous développe rapidement le programme. Il y a un mini-débat d'une heure. Ensuite, c'est l'heure de l'apéro et du repas. Et pour digérer, on peut assister aux matchs de tennis comptant pour la qualification en demi-finale.
Je me suis fâchée en lisant la plaquette, et ce pour deux raisons. La première est d'ordre financière. Sur la présentation du déroulement de la journée, il est écrit :" 12 h 30 : apéritif et repas offerts par la CCI dans le village". OH ! J'adore les raccourcis que les pouvoirs publics appliquent quant à la provenance des fonds. Vous avez du remarquer que c'est l'Etat qui participe au paiement de tel projet; que c'est grâce à la bienveillance du Département qu'une ruine sera restaurée, etc... Et pourtant, si on remonte la piste du financement, ils ne sont que les intermédiaires. Car disons les choses clairement : c'est vous, c'est moi, ce sont les citoyens qui reversent la TVA lors de leurs achats, ce sont les citoyens qui payent leurs impôts, dimes et gabelles.. Alors, lorsque j'ai lu que la CCI finançait les agapes, j'ai failli m'étrangler ! Il faut quand même savoir que chaque mois, en plus des cotisations, le commerçant verse une taxe obligatoire à verser pour la CCI !!!
L'autre élément qui m'a vraiment énervé est sans doute le plus grave. Savez-vous quel était le thème de cette mini-intervention ? Il s'intitulait " développement durable : le sport s'engage. Comment les entreprises peuvent-elles en faire autant ? " . Je me suis d'abord interrogée sur la durée du débat. Un tel sujet ne nécessite-t-il pas autre chose qu'un débat-apéro, qu'un passage en coup de vent, histoire de parler d'un sujet qui est dans l'air du temps ? Ca fait " in " ! Mais face à l'urgence à protéger notre Mère la Terre et toutes ses espèces (y compris la notre !!!! ), s'arrêter et prendre le temps de poser les vraies questions semble le premier pas à franchir. Ensuite, mettre de vraies solutions en place sera envisageable. Il faudrait déjà prévoir de regrouper ces entreprises qui veulent changer la société. Il est difficile de se frayer un changement au milieu de ce paysage économique qui ne voit que les plans comptables. A plusieurs, on se décourage moins, on avance, on évolue. Pour ma part,je ne connais qu'un groupement qui rassemble les entrepreneurs écoresponsables, mais visiblement, il faut déjà avoir un certain poids économique pour prétendre à y accéder. Même si, à ma petite mesure, j'essaye de mettre ma petite pierre sur cet énorme édifice de l'avenir, cela ne compte pas. Mon entreprise étant trop petite,: je n'ai même pas eu de réponse lorsque j'ai présenté ma démarche !!! Pourtant, les autoentrepreneurs, les TPE ont aussi leur place dans le paysage économique. Il va falloir compter avec.
Une chose est sûre : l'économie peut être propre, sans faire travailler des enfants pour produire des biens de consommation, sans faire des tests sur les animaux, sans polluer les nappes phréatiques, en privilégiant la production par des entreprises locales, en respectant les salariés .... tout en amenant de la valeur. Une valeur inestimable : celle de la vie.
Sophie COCARD.