Le temps est ailleurs.
Mère Nature a conseillé à Râ de prendre quelques vacances.Pour le remplacer, elle s'est adressée à Eole, qui d'ailleurs n'était pas content d'avoir été dérangé à mauvais escient, selon lui. Il a soupiré, lorsque Mère Nature lui a expliqué qu'imposer aux hommes de se courber sous le vent, et de se faire petit sous la pluie les rendrait peut-être plus humbles et sages.
Très vite, Dame Nature a regretté de l'avoir mis en poste. Il fait n'importe quoi ! Il a carrément détraqué le temps ! Régulièrement, il s'époumone en criant qu'il était plus heureux avant ! Il est toujours d'humeur morose. C'est avec nostalgie qu'il se souvient du bon vieux temps. Comme il aimait faire des farces aux jeunes femmes en relevant leurs jupes. C'était si bien de regarder les surfers exécuter un ballet rodé dans lequel les vagues se font complices,. Les soirs où il avait l'âme poétique, il soufflait un léger alizé, discret et chaud pour encourager les amours débutantes.
Chronos, quant à lui, a également décidé de semer la pagaille. " J'en ai assez que chacun justifie de ses absences, de ses manquements, de ses moindres bobos en prétextant du temps qui passe trop vite. Je vais vous faire valser, vous, petits humains, petites choses fragiles. Vous allez devenir pantins entre mes mains. Je vais vous en donner du manque de temps, moi. Je vais vous faire courir partout. Le temps se lèvera que déjà la journée s'achèvera. De vingt-quatre heures, vous aurez l'impression de ne disposer que de vingt-quatre minutes. Vous vous épuiserez à la tâche. Là, oui là, vous pourrez dire que vous n'avez pas de temps, pauvres fous. QU'IL EN SOIT AINSI ! "
Râ, apprenant ce qu'il se passe est en pleine tractation pour reprendre au plus vite son poste. Et Eole, dans son grand esprit de contradiction, ne veut plus partir ! Il aime entendre craquer, démolir, faire ployer sous son souffle.et inquiéter. Depuis peu, c'est une bataille silencieuse qui se joue entre eux. Le soleil cherche à reprendre sa place et redonner l'énergie vitale aux humains. Oui, il les aime bien ! Ils se rendent prétentieux et gonflés d'orgueil, mais c'est simplement pour ne pas avouer qu'ils ont peur. Peur de la vie et de ses dangers, peur d'être plus fragiles que la rose qui fane alors même qu'elle vient de s'ouvrir, plus vulnérables qu'une plume dans le vent. Ce que Chronos prend comme une attaque contre lui, c'est en fait une excuse, un parapluie rassurant pour se mettre un peu à l'abri des vicissitudes de l'existence. Râ sait qu'il gagnera cette partie. Parce qu'il est patient. Et optimiste. Comme le rayon d'un soleil qui illumine un simple jour trop sombre pour le rendre alors lumineux et exceptionnel.